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Brasilia, une capitale futuriste…déjà dépassée ?

11 novembre 2010
L’une des paraboles du Congresso Nacional, dessiné par Niemeyer (Brasilia)

Pouvez-vous s’il vous plait, et sans tricher, me donner le nom de la capitale Brésilienne ? Combien d’entre vous sont tentés de dire « Rio de Janeiro » ou « São Paulo » ? Probablement beaucoup, comme vous répondriez « Sydney » ou éventuellement « Melbourne » pour la capitale de l’Australie. Et bien rien de tout ça ! La capitale Brésilienne est Brasília, celle de l’Australie est Canberra. Les deux villes ont des histoires relativement proches puisque fondées il y a moins d’un siècle.

Brasília, inaugurée le 21 avril 1960, est la plus récente capitale du monde. L’objectif du Président Juscelino Kubitschek (président du Brésil de 1956 à 1961) était de recentrer géographiquement la capitale du pays, notamment pour attirer vers l’intérieur des terres la population et l’activité économique, qui étaient essentiellement concentrées le long des côtes. Brasília fût également construite pour apaiser l’affrontement entre les deux autres « capitales » : São Paulo et Rio de Janeiro. Cette dernière, qui était la capitale politique du Brésil depuis 1763, a d’ailleurs eu du mal à se remettre de la perte de ce statut (cette « destitution » explique en partie les manques d’infrastructures et d’urbanismes et la présence de la violence).

La ville de Brasília a été construite en seulement 1 000 jours, en partant de rien, au milieu de rien. Je trouve ça toujours étonnant d’avoir un grand terrain vague et de décider d’y construire la capitale d’un pays ! Et c’est, économiquement, un risque assez important. D’ailleurs le Président Juscelino Kubitschek avait assuré aux brésiliens « 50 ans de progrès en 5 ans ». Suite à son mandat –pendant lequel, en plus de Brasília, des investissements routiers et ferroviaires ont été réalisés- c’est devenu « 50 ans d’inflation en 5 ans » !

Le Mémorial JK (Brasilia) du nom du Président Juscelino Kubitschek, fondateur de la ville

Le Mémorial JK (Brasília) du nom du Président Juscelino Kubitschek, fondateur de la ville

Ca fait longtemps que je voulais me rendre dans cette nouvelle ville car je trouve ça intéressant de construire une ville de toute pièce, une ville qui évidemment se veut futuriste. J’ai profité d’un week-end prolongé et de billets d’avion pas chers pour y faire un saut. J’y étais du 30 octobre au 02 novembre…soit exactement au moment du second tour de l’élection présidentielle Brésilienne. Bien que la plupart n’y aient jamais mis les pieds, Brasília n’a pas la côte auprès des Brésiliens. Tout ceux à qui j’ai annoncé que je m’y rendais m’ont demandé avec surprise ce que j’allais faire là-bas, et plusieurs ont trouvés ça absurde d’y prévoir 4 jours…

J’avais envie, pour ce week-end de voyage, d’utiliser CouchSurfing. Il s’agit d’un site de voyage pour « participer à la création d’un monde meilleur », en voyageant d’une nouvelle manière et en favorisant les échanges et rencontres avec les populations locales. Pour en savoir plus sur le concept, je vous invite à consulter la page à propos du site ; n’hésitez pas non plus à consulter mon profil. J’ai déjà reçu et rencontré, à Rio de Janeiro, des personnes par l’intermédiaire de ce site de voyageurs. Mais je n’avais jamais été « surfeur » ni demandeur lors de mes voyages. Concrètement, j’ai profité pendant tout mon séjour d’un accueil sympa de Maira, une Brésilienne qui a déjà beaucoup voyagé et vécu plusieurs années à l’étranger (en Finlande, Suisse, etc.). Elle m’a gentiment hébergé pendant les 3 nuits de mon séjour. Mais elle m’a également fait partager ses connaissances de la ville en me faisant visiter Brasília et en me parlant de la ville et de ses habitants. Quelle meilleure manière de découvrir une ville que d’avoir comme guide une personne qui y vit ? Aucune ! Après que Maira ait été voter, on a profité d’une voiture pour parcourir la grande et étendue ville de Brasília. Avoir un véhicule est une très bonne chose, car la ville est tellement « étalée » qu’il n’est pas possible de prendre un peu de recul en restant à pieds ou même en bus. Un passage sur le pont Juscelino Kubitschek nous a permis de passer de l’autre côté du lac artificiel et de découvrir d’autres types d’habitations et une vue différente sur la ville. Ce tour m’a permis de mieux me rendre compte de la dimension de la ville et de son organisation générale. La veille au soir, nous étions allés prendre un verre dans l’un des endroits où se retrouvent les Brasilienses (les habitants de Brasília), très sympa de découvrir l’ambiance locale avec des locaux.

Le Congrès National Brésilien, à Brasilia, la capitale

Le Congrès National Brésilien, à Brasília, la capitale

Sur CouchSurfing, des personnes qui ne veulent ou ne peuvent pas héberger des « surfeurs » proposent d’aller prendre un verre ou de montrer la ville. C’est comme ça que j’ai découvert, grâce à Marthinha, la vie nocturne de la capitale Brésilienne. Accompagnés de ses copains, nous avons le premier soir été boire un verre dans un « barzinho » (petit bar) bien connu des Brasilienses avant de sortir dans l’un des clubs les plus à la mode actuellement. Le second soir, Marthinha m’a fait découvrir le « Pontão do Lago sul », pleins de restaurants et bars le long du lac artificielle, un endroit bien sympa. Nous avons ensuite été sur la Praça dos Très Poderes (la Place des Trois Pouvoirs) ou se retrouvent de nombreux Brasilienses pour discuter et boire un verre tranquillement. Bref, après quelques jours à Brasília j’étais déjà devenu un vrai local !

La Cour Suprême, à Brasilia

La Cour Suprême, à Brasília

Vous le voyez, ces premières expériences en tant que « surfeur » de CouchSurfing ont été très sympas. Merci encore à Maira et Marthinha pour leur accueil et assurément je vais continuer ce système (j’héberge d’ailleurs quelqu’un dans 3 semaines). Moi qui aime découvrir les villes comme les locaux y vivent et de préférence avec des locaux, c’était parfait !

La cathédrale de Brasilia, dessinée par l’architecte Oscar Niemeyer

La cathédrale de Brasília, dessinée par l’architecte Oscar Niemeyer

Le reste du temps j’ai, comme toujours, déambulé à travers les rues et artères de la ville, pour la découvrir à mon rythme et m’y imprégner. J’ai bien aimé l’ambiance, je m’y suis toujours senti bien.

Mais la plus grande particularité de Brasília est son architecture moderne, c’est un véritable chef d’œuvre. C’est Lucio Costa qui a imaginé et dessiné le Plan Pilote (le plan d’urbanisme) qui donne à la ville une forme d’avion. L’architecte, lui, est Oscar Niemeyer, probablement le Brésilien le plus connu dans ce domaine. La quasi-totalité des édifices de la ville porte le coup de crayon de Niemeyer et cela se reconnait facilement, « La courbe est la solution naturelle » dit-il. Du coup, on retrouve des courbes en béton un petit peu partout dans Brasília. Notamment dans le Palácio do Itamaraty (Palais des Arcs), qui abrite le ministère des affaires étrangères.

Le Palácio do Itamaraty, à Brasilia, œuvre d’Oscar Niemeyer

Le Palácio do Itamaraty, à Brasilia, œuvre d’Oscar Niemeyer

On aime ou on n’aime pas, mais on ne reste généralement pas indifférent aux formes données par Niemeyer à ses constructions. A Brasília c’est en tout cas impressionnant de retrouver en permanence ces formes. « De courbes est fait l’univers » selon l’architecte, donc « de courbes est fait Brasília » ajoute Stéphane !

Le Museu Nacional (Musée National) de Brasilia, un hommage à l’architecte Oscar Niemeyer

Le Museu Nacional (Musée National) de Brasília, un hommage à l’architecte Oscar Niemeyer

Je l’ai déjà dit, architecturalement parlant, Brasília est un véritable chef d’œuvre. Comme me disait Maira « j’ai l’impression de vivre dans une maquette architecturale ». Brasília a d’ailleurs été déclarée Patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO (1987), c’est la seule ville du XXème siècle dans ce cas-là. Reste que la ville a été un petit peu dépassée. Tout d’abord par sa population. Prévu pour accueillir 600 000 personnes, on y retrouve maintenant 2,5 millions d’habitants. Du coup, de nombreuses choses sont sous dimensionnées, à commencer par le réseau routier. Dépassée également par l’évolution du mode de vie urbain. Le système de « blocos autosuffisants » qui forment la principale caractéristique urbaine de Brasília ne fonctionne plus car les modes de vie ont trop évolués. Du coup le nombre de voitures dans la ville est bien plus élevé que prévu, cela accentue encore les problèmes pour se déplacer ; d’autant que les transports en communs sont peu adaptés aux particularités de la ville. Enfin, Brasília a été construite dans les années 1950, avec des méthodes bien différentes de celles employées actuellement. Comme toute la ville a été fondées au même moment, tout vieillit ensemble et les constructions ne sont pas forcément ce qu’on y fait de mieux. Je ne parle pas des principaux bâtiments administratifs, mais je pense aux « ailes » résidentiels (quoi que, les ministères peuvent aussi donner cette impression). Comme maintenant la ville est au patrimoine de l’humanité, il n’est plus possible d’y apporter des modifications pourtant nécessaires.

L’une des paraboles du Congresso Nacional, dessiné par Niemeyer (Brasilia)

L’une des paraboles du Congresso Nacional, dessiné par Niemeyer (Brasília)

Reste que j’ai bien aimé Brasília. Même s’il y a des « erreurs » dans la conception, je trouve l’idée générale intéressante. L’ensemble n’a rien à voir avec une belle ville comme Paris, mais c’est un « joli musée » d’architecture moderne. Ca a son charme ! Même le système d’adresse est futuriste : pas de nom de rue, mais un système logique comprenant des chiffres et des lettres et répondant à un découpage de la ville. Voici un exemple d’adresse : SQS 704, Bloco H, Casa 28. Cela signifie que c’est situé dans le Super Quadra Sul 704, bâtiment H et maison 29. Au premier abord ce n’est pas très facile de s’y retrouver, mais une fois le système compris c’est assez simple. Mais cela est tout de même moins exotique et poétique que des noms de rues…

Moi qui pensais qu’avoir prévu 4 jours à Brasília était trop long, j’ai finalement trouvé le temps sur place trop court et n’ai même pas eu le temps de faire tout ce que je voulais ! Comme quoi, j’ai bien fait de ne pas écouter les nombreux Brésiliens qui me déconseillaient d’aller à Brasília. Je suis content de mon voyage dans la capitale et ne regrette pas d’y avoir passé un long week-end.

PS : j’ai ajouté une trentaine de clichés dans les albums photos du District Fédéral, n’hésitez pas à y faire un tour.

Até logo,

4 Comments

  • Reply Stef 11 novembre 2010 at 4h11

    J’avoue qu’entre le gratte-ciel qui parait tremper dans un bol de ptit-déj, le musée igloo et l’église ventouse, je suis moyennement convaincue par la fabuleuse architecture de Brasilia pour ma part ! 😉

  • Reply Steph 11 novembre 2010 at 8h11

    Ha, les goûts et les couleurs…

  • Reply Marielle 11 novembre 2010 at 13h11

    Merci pour la visite guidée !! En voyant les photos on a vraiment l’impression d’être au milieu d’une maquette géante ! Les formes courbes des batiments sont très agréables au regard, c’est plus apaisant que les formes cubiques. Par contre vue de google earth la couleur rouge de la terre donne l’impression que ce n’est pas fini !… Porte-toi bien ! Bisous chargés de vent et pluie…

  • Reply Cedric 11 janvier 2011 at 8h01

    Personnellement ça me fait penser à un village d’exposition universelle avec des bâtiments qui seraient les pavillons de différents pays … je serai bien tenté d’aller y couchsurfer

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